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| Sankai Juku |
Le fait est que l’on ne peut que difficilement caractériser le Butô : dès ses premiers pas, il n’y eût pas un mais deux Butô incarnés respectivement par Tatsumi Hijikata et Kazuo Ono, et cette division n’a fait que s’accroître au fil des années à tel point qu’aujourd’hui, il n’y a plus un Butô mais bien autant de Butô(s) que de danseurs. En outre, le Butô ne cherche pas à atteindre une finalité artistique autre que spirituelle ou personnelle, il se satisfait de l’informel et de l’inabouti, laissant ainsi une grande liberté à tout artiste attaché à l’esprit du Butô.
Un autre fait vient ajouter au paradoxe de cette « Danse des ténèbres » : Au Japon où elle est née, son succès n’a pas été au rendez-vous. Il fallut attendre l’année 1978 pour que le Butô se produise pour la première fois sur une scène européenne avec Dernier Eden chorégraphié par Ko Murobushi au Nouveau Carré de Silvia Monfort à Paris. Il ne se limite alors plus à de petites salles, celles qu’affectionnait Tatsumi Hijikata, mais apparaît dans la programmation du festival de Nancy et sur les scènes des grands théâtres parisiens. Ainsi, à l’esthétique d’un Butô déjà multiple, de ses influences et contre influences, s’ajoute le regard des spectateurs occidentaux. Or, la vision que ces derniers portaient sur le Butô dans les années 80 était stéréotypée, la nature du Butô était occultée par l’exotisme incarné par ces corps blanchis, ces vêtements en haillons, ces visages grimaçants. C’était sans prendre en compte la dimension transcendante de ces chorégraphies teintées de shintoïsme et de bouddhisme, la complexité de son réseau d'influences et de rejets.
Vidéo : Extrait de Zarathoustra-Variations Compagnie Ariadône avec Carlotta Ikeda et Ko Murobushi

