Présentation du blog : La danse Butô

Dans le cadre d'un cours, Théâtre et autres arts, de deuxième année de licence en Études Théâtrales, je me suis intéressé à la danse Butô et plus particulièrement à ses influences et ses rejets, à la fois Japonais et Occidentaux.

Cela n'est qu'une première approche d'une esthétique chorégraphique particulièrement complexe, il y a certainement des imprécisions et peut-être même des erreurs. Je vous invite donc à palier à mes lacunes et à faire partager vos connaissances pour améliorer ce travail.

Bonne visite,
Zéphyr

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lundi 30 mai 2011

Le Butô : Une danse paradoxale

Sankai Juku
Le Butô est une danse née à l’aube des années 1960, une période qui fut le théâtre de nombreuses révolutions à la fois politiques, sociales mais aussi artistiques, sur la scène internationale. C’est un mouvement très paradoxal qui rompt avec les genres ancestraux, traditionnels, de la scène Japonaise tout en s’en inspirant. De la même manière, il ne s’agît pas d’appliquer les innovations artistiques de Mary Wigman, ou de la Modern Dance Américaine à la sensibilité japonaise. C’est une danse qui se veut nouvelle, mais qui, et cela est inévitable, ne peut pas réellement se détacher de ses influences, qu’elles soient occidentales ou japonaises.
Le fait est que l’on ne peut que difficilement caractériser le Butô : dès ses premiers pas, il n’y eût pas un mais deux Butô incarnés respectivement par Tatsumi Hijikata et Kazuo Ono, et cette division n’a fait que s’accroître au fil des années à tel point qu’aujourd’hui, il n’y a plus un Butô mais bien autant de Butô(s) que de danseurs. En outre, le Butô ne cherche pas à atteindre une finalité artistique autre que spirituelle ou personnelle, il se satisfait de l’informel et de l’inabouti, laissant ainsi une grande liberté à tout artiste attaché à l’esprit du Butô.
Un autre fait vient ajouter au paradoxe de cette « Danse des ténèbres » : Au Japon où elle est née, son succès n’a pas été au rendez-vous. Il fallut attendre l’année 1978 pour que le Butô se produise pour la première fois sur une scène européenne avec Dernier Eden chorégraphié par Ko Murobushi  au Nouveau Carré de Silvia Monfort à Paris. Il ne se limite alors plus à de petites salles, celles qu’affectionnait Tatsumi Hijikata, mais apparaît dans la programmation du festival de Nancy et sur les scènes des grands théâtres parisiens. Ainsi, à l’esthétique d’un Butô déjà multiple, de ses influences et contre influences, s’ajoute le regard des spectateurs occidentaux. Or, la vision que ces derniers portaient sur le Butô dans les années 80 était stéréotypée, la nature du Butô était occultée par l’exotisme incarné par ces corps blanchis, ces vêtements en haillons, ces visages grimaçants. C’était sans prendre en compte la dimension transcendante de ces chorégraphies teintées de shintoïsme et de bouddhisme, la complexité de son réseau d'influences et de rejets. 



 

 Vidéo : Extrait de Zarathoustra-Variations Compagnie Ariadône avec Carlotta Ikeda et Ko Murobushi

Naissance d’une « Danse des ténèbres »

Le butô ou « Ankoku butô Ha » signifiant La danse des ténèbres est de fait une danse japonaise, elle est en effet apparue sur la scène tokyoïte à la fin des années 1950 mais on situe plus précisément sa naissance lors d’une représentation de Hijikata en 1959 considérée comme le premier événement butô. L’ensemble des spectacles fut organisé par l’association  pour la danse moderne, Tatsumi Hijikata présente Couleurs Interdites ou Kinjiki, une courte pièce inspirée d’un roman de Yukio Mishima : ce fut un scandale, à la fois blasphématoire mais aussi sacrificiel, il rompt avec les « bonnes mœurs » du Japon mettant en scène la « perversion », la zoophilie, l’homosexualité. Une représentation de quelques minutes qui donne naissance à un genre où se mêlent l’abject et le sacré.
On relie bien souvent la naissance du Butô aux traumatismes de la seconde guerre mondiale, les catastrophes d’Hiroshima et de Nagasaki, mais ce serait une erreur de considérer qu’il n’y a que cela. Le Butô naît dans la révolte, dans le malaise d’un Japon ayant perdu ses valeurs traditionnelles, soumis à une politique étrangère : le traité de sécurité nippo-américain et son renouvellement. Dans ses premières années, le butô prenait la forme d’ « happenings », parallèlement à la performance américaine de la même époque après John Cage, à l’action painting de Jackson Pollock, aux expériences chorégraphiques de la Judson Church, jusqu’à la représentation de La révolte des corps d’Hijikata en 1968  et l’évolution du butô vers les œuvres plus élaborées que l’on connaît aujourd’hui.
Au début des années 1970, la troupe de Hijikata se scinde, la révolte semble s’essouffler et trois nouvelles troupes sont crées, chacune à la recherche d’un objectif particulier. « Hangidaitohkan » dirigée par Hijikata qui se retire de l’interprétation pour se concentrer sur la chorégraphie et crée ainsi les archétypes du Butô avec sa danseuse favorite Yoko Ashikawa, « Tenshikan » de Kasai qui forme le danseur à l’improvisation et enfin, « Dairakudakan » de Maro Akaji qui tente de retrouver l’essence même du Butô dans le chaos fiévreux des années 1960. 





Une vidéo crée par in2ni à partir de photo de Carlotta Ikeda par Laurencine Lot. 



Arbre généalogique du "mouvement" Butô
 

Etymologie


            Le terme « Butô » existait bien avant que Tatsumi Hijikata baptise cette nouvelle danse à laquelle il donnait naissance. C’est un mot formé de deux caractères, le « Bu », qui signifie la danse et que l’on retrouve dans kabuki, concerne le haut du corps tandis que le «tô » signifie « fouler avec les pieds ».
A l’origine, Hijikata utilise le terme général « Buyô » pour parler de sa danse, c’est un terme désignant la danse japonaise dans son ensemble. Le « Butô » désignait alors, depuis le XIXème siècle, les danses étrangères et Hijikata le préféra grâce à ses consonances plus rudes, la rupture entre le Bu et le . Ce n’est qu’ensuite que le mot « Ankoku » vient s’ajouter pour former l’expression « La danse des ténèbres », « La danse du corps obscur » ou encore « La danse sombre ».
Ce lien fait entre l’obscurité et le Butô ne correspond par entièrement au genre dans son ensemble. Dès l’origine, Hijikata et Ôno sont deux artistes diamétralement opposés, Odette Aslan écrit : « Les deux artistes étaient aussi dissemblables dans la vie qu’à la scène. L’un sombre et l’autre solitaire, l’un sauvage, violent, excessif et damné, l’autre doux, christianisé, émerveillé devant la Création – Le premier n’étant d’ailleurs pas dénué de douceur ni le second exempt d’une certaine  « folie » »