Afin de comprendre la danse Butô à partir de ses influences japonaises, il nous faut déjà situer ce « mouvement » dans l’histoire de la scène nippone. Comme dans toutes les civilisations, les formes scéniques sont multiples : la scène japonaise se partage entre différents genres parmi lesquels nous pouvons citer le Bunraku et ses marionnettes, le Théâtre Nô, le Kabuki, le Kyôgen ou encore le Shimpa. Nous nous intéresserons donc plus précisément au Nô et au Kabuki qui sont les deux principaux genres.
| Le théâtre Nô |
Le Théâtre Nô est apparu sur les scènes japonaises au XIVème siècle, il s’agît d’un théâtre dédié aux dieux qui se caractérise principalement par l’utilisation de masques, des gestes lents, une déclamation plutôt monocorde accompagnée d’une musique stridente composée de flûte et de tambour, le costume est riche, travaillé, et composé de brocart d’or. C’est un théâtre qui était destiné principalement à l’aristocratie. Le Théâtre Nô est particulièrement codifié, à l’image peut-être de nos pièces antiques, les masques ont des expressions précises et la pièce suit un déroulement conforme aux premiers textes. Il y a ainsi cinq drames, une première étape d’introduction est chantée, une seconde explique la pièce etc. Ces drames, que l’on peut assimiler à nos actes, sont entrecoupés d’interludes comiques qui donneront le jour au genre du Kyôgen.
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| Le Kabuki |
Alors que le Nô s’adresse à l’aristocratie, le Kabuki est un théâtre plus populaire et plus récent, il apparaît en effet au XVIIème siècle. Si l’on analyse le nom de ce théâtre, on découvre que Ka signifie « musique », Bu « danse » et Ki « Jeu de scène ». On considère qu’une prêtresse nommée Okuni fut la fondatrice de ce théâtre en intégrant de la danse dans de petites scènes déjà existantes, elles représentaient des histoires d’hommes et de prostituées, c’est ainsi que de véritables courtisanes se mirent à jouer ces scènes. Celles-ci furent ensuite interdites de représentation et ce sont alors des hommes qui les remplacèrent. Les rôles féminins furent donc attribués à des hommes que l’on nomme « Onnagata ». Contrairement au Nô, l’acteur n’est pas masqué mais maquillé, c’est par ailleurs un maquillage codifié, les couleurs varient en fonction de la nature du personnage, mais la base est blanche. Les costumes du Kabuki sont aussi particulièrement élaborés.
Le Butô possède des caractéristiques que l’on peut lier à une influence du Nô et du Kabuki.
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| Kazuo Ono en "Onnagata" |
Il y a tout d’abord le costume : alors que l’acteur de Nô est habillé avec faste tout celui du Kabuki, le danseur de Butô est bien souvent vêtu d’un simple pagne, d’un costume simple ou neutre, il y a la robe rouge de Carlotta Ikeda, les costumes blancs du Sankai Juku… Mais, il y a aussi les costumes plus approfondis de Zarathoustra-Variations. Le Butô n’obéit en réalité à aucune règle, ce qui rend l’analyse assez périlleuse. Ensuite, le Butô et le Nô partagent ce même goût du geste lent, et encore une fois ce n’est pas toujours le cas. Puis, on caractérise souvent le butô par ses danseurs grimaçants et leurs corps peints en blanc. On peut peut-être considérer qu’il y a là une réminiscence du masque de Nô : l’expressivité du visage, l’aspect artificiel du blanc que l’on retrouve dans le maquillage de l’acteur de Kabuki. A l’origine, le Butô n’était dansé que par des hommes, tout comme le Kabuki lorsque le Butô faisait ses premiers pas, on retrouve donc ce « travestissement » dans les deux genres. Ono Kazuo incarnera ainsi une prostituée dans une adaptation de Notre Dame des fleurs de Genet et dira : « Je danse comme une femme mais je suis un homme ».


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